La plus ancienne synagogue de Floride fête ses 150 ans

Rédaction Alleluia Event
14 minutes pour lire

 Quand on évoque l’exode juif vers la Floride, on pense immédiatement à Miami Beach, Boca Raton ou Aventura.

Mais c’est ici, à Pensacola — le long de la légendaire « Redneck Riviera » de la côte du Golfe — que les pionniers juifs germanophones ont pris racine dans le Sunshine State. En 1876, lorsque le Temple Beth El de Pensacola a été fondé, la Floride comptait 200 000 habitants, dont 2 000 Juifs.

Aujourd’hui, la Floride compte 24,3 millions d’habitants et une population juive que seuls New York et la Californie dépassent. La plupart des 762 000 Juifs de l’État résident dans trois comtés du sud de la Floride — éclipsant ainsi des congrégations bien plus anciennes à Tallahassee, Jacksonville et Pensacola qui prospéraient bien avant l’avènement de la climatisation et des autoroutes inter-États.

Pensacola ne compte que près de 1 800 adultes juifs, selon l’American Jewish Population Project — un chiffre constant depuis un siècle. Pourtant, les habitants de cette station balnéaire sans prétention située dans ce qu’on appelle le corridor de Floride, à plus de 960 km au nord-ouest des communautés juives animées du sud de la Floride, affirment que le moment est venu pour le renouveau juif.

« Je tiens à dire que nous sommes bien en Floride, même si nous ne sommes qu’à 16 km de l’Alabama », explique le rabbin Joel Fleekop, 47 ans, chef spirituel de Beth El depuis 2012. « Le coût de la vie ici est très bas, nous n’avons ni circulation ni embouteillages, et il y a beaucoup de bons emplois. »

Pensacola compte également trois synagogues : une maison Habad, une congrégation de style orthodoxe et Beth El, qui célèbre ce mois-ci le 150e anniversaire de sa fondation par un week-end de prières, d’art local, de musique israélienne et de danse.

Le premier bâtiment de Beth El était une structure en bois située sur Chase Street, dans le centre-ville de Pensacola, mais il a brûlé en 1901 et tous les archives des 25 premières années d’existence de la synagogue ont disparu dans cet incendie. Elle fut ensuite reconstruite près de ce qui est aujourd’hui la bretelle d’accès à l’autoroute Interstate 110, mais ferma en 1931 lorsque ses membres inaugurèrent la synagogue actuelle sur la rue Palafox toute proche, et l’ancienne structure devint une patinoire.

Peu après la fondation de Beth El, des Juifs d’Europe de l’Est parlant le yiddish — principalement des commerçants et des marchands — s’installèrent dans la région, et ils n’étaient pas particulièrement satisfaits de ses offices réformés. C’est ainsi qu’en 1899, ils se séparèrent et fondèrent B’nai Israel, une synagogue orthodoxe.

En 1923, les fidèles achetèrent une maison et en firent un lieu de culte ; en 1953, ils avaient enfin réuni suffisamment de fonds pour construire le bâtiment qu’elle occupe actuellement, explique Yehoshua Mizrachi, le rabbin de B’nai Israel.

À l’époque, elle avait choisi de s’affilier au mouvement conservateur, qui était alors la plus grande confession aux États-Unis. Elle est restée membre de ce mouvement jusqu’à il y a une dizaine d’années, s’en séparant après que le mouvement conservateur eut décidé d’ordonner des rabbins homosexuels et d’autoriser les mariages entre personnes du même sexe.

Le rabbin Yehoshua Mizrachi de la synagogue B’nai Israel à Pensacola, en Floride, brandit un exemplaire de son livre, « Holistic Judaism ». (Larry Luxner/ JTA)

« Je suis le 19e rabbin à occuper cette chaire, et tous sauf trois ou quatre d’entre eux étaient orthodoxes », explique Mizrachi, qui est âgé de 62 ans. Originaire de Lakewood, dans le New Jersey, il précise que la congrégation de B’nai Israel comptait de 60 à 70 familles, contre 185 familles à Beth El.

« Cette congrégation est indépendante, elle a rompu son affiliation il y a dix ans. Quand ils m’ont engagé, je leur ai dit de ne pas s’attendre à ce que je fasse quoi que ce soit qui compromette mon intégrité personnelle en tant que juif », rappelle Mizrachi.

Malgré tout, ajoute le rabbin, « nous ne sommes pas une congrégation orthodoxe. Les places sont mixtes et les femmes sont appelées à la Torah. Sur tous les autres plans, cette synagogue fonctionne selon les normes de la halakha », la loi juive.

Le rabbin Mendel Danow dirige le Centre juif Habad de Pensacola avec son épouse d’origine israélienne, Nechama, depuis une maison datant de 120 ans située à moins d’un kilomètre de B’nai Israel. Sa liste de diffusion compte entre 500 et 600 personnes, ajoute-t-il.

« Beaucoup de Juifs d’ici ne sont affiliés à aucune communauté. Ils n’ont pas ce lien naturel », explique Danow, âgé de 30 ans. La meilleure façon de les attirer est de les inviter aux offices du vendredi soir et au dîner du Shabbat, qui attire de 20 à 80 personnes, précise-t-il. « L’ambiance est décontractée. La prière est plus courte, le dîner plus long. C’est un élément très important de notre communauté. »

Le rabbin Mendl Danow du Centre juif Habad de Pensacola, en Floride. (Larry Luxner/ JTA)

Danow est lucide quant aux défis que représente le fait de mener une vie juive pratiquante à Pensacola.

« Il n’y a aucun restaurant casher dans un rayon de 650 km. Le plus proche se trouve à Jacksonville ou Atlanta », précise-t-il. « De toute évidence, nous ne sommes pas la première destination pour un juif orthodoxe souhaitant désireux de s’installer en Floride. »

Mais il fait en sorte de faciliter les choses. Son centre Habad a récemment ouvert Pensa-Kosher — une supérette destinée à la poignée d’habitants qui respectent strictement les lois alimentaires juives.

Avec sa femme, avec laquelle il a six enfants, il dirige une école hébraïque qui compte près de 20 élèves, ainsi qu’une école maternelle qui accueille 10 enfants. Et ils s’efforcent de venir en aide aux quelques étudiants juifs de l’université la plus proche.

« Lorsque nous avons emménagé ici, nous avons remarqué l’absence de vie juive sur le campus ; nous avons donc créé un club étudiant Habad à l’Université de Floride occidentale », commente Danow.

Des enfants de maternelle dessinent au Centre juif Habad de Pensacola, en Floride. (Larry Luxner/ JTA)

Pensacola jouissant d’un coût de la vie relativement bas et se classant en tête en matière de croissance de l’emploi et de qualité des plages, la ville est en pleine expansion — et le Habad est à l’étroit dans ses locaux actuels. Au début de l’année prochaine, l’organisation déménagera dans un complexe plus spacieux, deux rues plus loin. Le nouveau complexe comprendra entre autres une synagogue, une école hébraïque et le premier mikvé (bain rituel) à service complet de Pensacola.

Danow estime que l’antisémitisme qui règne dans la ville est largement compensé par le soutien apporté à Israël et aux Juifs.

« Il y a de cela trois ans, quatre adolescents ont jeté une brique dans notre fenêtre : ils avaient écrit ‘Heil Hitler’ sur cette brique », se souvient-il. « Mais après [le pogrom du] 7 octobre [2023], les gens ont commencé à déposer des fleurs et faire des dons. Il y avait un tel sentiment de partage de notre douleur. Les gens m’arrêtaient dans la rue pour me dire : ‘Nous prions pour Israël.’ »

Mizrachi évoque des expériences semblables. « Il y a une église à chaque coin de rue. Les gens sont très pro-Israël ici », dit-il. « Des inconnus m’arrêtent au supermarché pour me dire qu’ils aiment Israël. Ça arrive tout le temps. »

La pelouse devant la maison du meilleur ami de Zimmern, Charles Kahn, 74 ans, juge fédéral à la retraite, arbore deux pancartes : « Go Gators » — en référence à son alma mater, l’université de Floride — et « We Stand With Israel ».

Bill Zimmern, 74 ans, de Gulf Breeze, est un ancien président du Temple Beth El à Pensacola, en Floride. (Larry Luxner/ JTA)

« J’ai mis cette pancarte juste après le 7-Octobre », explique Kahn en sirotant son café, assis sous son porche surplombant le golfe du Mexique. « L’un de mes voisins est un capitaine de la Marine à la retraite. Il m’en a demandé une pour lui, et mon autre voisin aussi — mais aussi les gens de l’autre côté de la rue, et deux maisons plus loin. On s’est retrouvés avec cinq pancartes rien que dans cette rue. »

Kahn a été président de Beth El, tout comme sa femme Janet. Leur synagogue réformée est de loin le plus grand lieu de culte juif de la ville.

« Nous sommes une synagogue réformée traditionnelle à part entière. Nous suivons les règles réformées, et notre lieu de culte est un endroit où des personnes en désaccord sur le plan politique peuvent tout de même être amies », explique Fleekop, qui est originaire de Philadelphie, a grandi à Reno, dans le Nevada, et s’est installé à Pensacola il y a de cela 13 ans. Son épouse, Andrea, dirige l’École de vie juive du temple, qui compte 55 enfants.

« Nous accueillons la communauté LGBTQ. Certains juifs gays et lesbiennes qui avaient été rejetés ailleurs se sont retrouvés ici, à Beth El », souligne-t-il. « Nous avons également beaucoup de juifs qui ont choisi de l’être. »

L’un d’entre eux n’est autre que Nichole Friedland, 51 ans, infirmière née à Pensacola et élevée dans la religion catholique qui s’est convertie au judaïsme il y a de cela 16 ans — le dimanche de Pâques, rien de moins — sous la direction de Fleekop. Elle est aujourd’hui vice-présidente de Beth El et trésorière de la Fédération juive de Pensacola.

Nichole Friedland, qui a été élevée dans la religion catholique, est aujourd’hui vice-présidente du Temple Beth El à Pensacola, en Floride. (Larry Luxner/ JTA)

« La plupart de nos fidèles sont soit issus de mariages mixtes, soit des convertis au judaïsme », explique Friedland, qui, avec son mari, élève une famille recomposée de huit enfants. « Je voulais que mes enfants aient une bonne base religieuse, et le judaïsme me semblait le plus logique. C’était, et c’est toujours, le bon choix. »

La fédération, basée au sein de Beth El, est entièrement gérée par des bénévoles et fait rarement la promotion de ses événements ou manifestations — un contraste saisissant avec l’ambiance qui règne dans les métropoles juives du sud de la Floride.

Mais Mizrachi voit un potentiel pour Pensacola dans ce qui attire les Juifs à Boca et Aventura — notamment le mécontentement des New-Yorkais à l’égard du nouveau maire de la ville, Zohran Mamdani.

« Depuis la victoire de Mamdani, beaucoup de gens envisagent de s’installer en Floride », conclut Mizrachi. « Mais au lieu d’aller à Dade ou Broward, ils feraient bien d’envisager Pensacola. Il y a une vraie vie juive ici. »

T.O.I

Partager cet article
Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *