Donald Trump a annoncé que les Etats-Unis allaient cesser de verser leur aide militaire à Israël de près de 4 milliards de dollars par an d’ici à la fin de 2026.
« Une décision historique » : c’est ainsi que la radio de l’armée israélienne a qualifié la décision de Donald Trump de priver Israël de l’aide militaire annuelle américaine de 3,8 milliards de dollars dès la fin de 2026. Cette décision a pris par surprise les dirigeants israéliens. Selon un protocole d’accord conclu en 2016, le versement de cette manne devait en effet s’achever à la fin de 2028. Le président américain a décidé d’accélérer les choses en expliquant qu’Israël est « un pays prospère qui n’a plus besoin de l’aide américaine, nous ne paierons plus ».

Selon lui, Benyamin Netanyahou aurait lui même il y a quelque mois affirmé lors d’une rencontre « qu’il serait approprié pour Israël que nous ne recevions plus d’aide ». Le président a toutefois assuré que les Etats-Unis continueront à soutenir Israël « si cela est nécessaire ».

Batteries antimissiles
Le Premier ministre israélien a effectivement évoqué récemment à plusieurs reprises la possibilité de l’arrêt de l’aide américaine. « Les Etats-Unis ont changé, c’est terminé, cela va prendre fin, ce n’est qu’une question de temps », a-t-il déclaré. Jusqu’à présent, ces fonds ont financé l’acquisition d’armes américaines à hauteur de 3,3 milliards de dollars par an, auxquels il faut ajouter 500 millions pour le développement commun de systèmes antimissiles, telles les batteries « Dôme de fer » utilisées avec succès contre l’Iran.
Cette générosité de l’Oncle Sam avait atteint un niveau record en 2023, alors que Joe Biden était encore président. Israël avait alors reçu une rallonge exceptionnelle record de 14 milliards de dollars pour assurer les dépenses liées à la guerre dans la bande de Gaza, à la suite des massacres perpétrés dans le sud d’Israël par les islamistes du Hamas.

« Super-Sparte »
Au total, Israël est de très loin le pays ayant bénéficié des plus importantes largesses américaines. Depuis le début des années 1950, l’Etat hébreu a ainsi reçu quelque 158 milliards de dollars d’aide militaire ajustés à l’inflation. A ce total, s’ajoutent des dizaines de milliards de dollars d’aide civile directe, dont le versement a pris fin en 2008.
Toute la question est désormais de savoir comment l’économie israélienne va pouvoir encaisser l’arrêt des allocations américaines. Benyamin Netanyahou a évoqué récemment un scénario en vue de transformer son pays en une « super-Sparte », la cité Etat militaire de la Grèce antique. Autrement dit, de favoriser des tendances autarciques pour ne plus dépendre du bon vouloir des Etats-Unis pour ce qui est des subsides et des fournitures d’armes. Mais il s’agit d’un projet à long terme s’étalant sur au moins une décennie et dont les contours restent encore vagues.

« Echec retentissant »
Seule certitude : l’annonce de Donald Trump va représenter un très sérieux défi budgétaire, alors que les dépenses de défense ont pratiquement doublé en trois ans de guerre dans la bande de Gaza, en Cisjordanie, au Liban, en Syrie, et en Iran pour culminer à 135 milliards de dollars.
Selon Yoel Naveh, ancien haut responsable du ministère des Finances, le futur gouvernement, qui doit être constitué après les élections de la semaine dernière, va devoir imposer de sérieuses mesures d’austérité afin d’éviter une explosion du déficit. « Pour compenser l’arrêt de l’aide américaine il faudrait par exemple une hausse d’au moins 1,5 % du taux de TVA et sans doute imposer des coupes dans les budgets sociaux », prédit-il.
Sur le front politique, l’annonce de Donald Trump a suscité des critiques de la part de l’opposition. « Il s’agit d’un nouvel échec retentissant de Benyamin Netanyahou », a ainsi affirmé Yaïr Golan, chef des Démocrates, un parti de gauche allié à Gadi Eisenkot, le rival du Premier ministre sortant, qui a de fortes chances d’être désigné dans les prochains jours par le président Isaac Herzog pour tenter de mobiliser une majorité.

