Utilisée depuis le 7-Octobre, Airis Labs serait capable d’analyser des quantités colossales de vidéos brutes à la recherche d’informations – plus rapidement que ne le ferait un humain
L’assaut barbare et sanglant mené par le groupe terroriste palestinien du Hamas contre le sud d’Israël, le 7 octobre 2023, avait été filmé en temps réel sous presque tous les angles : par les caméras portées par les terroristes, par des dispositifs de sécurité, des caméras de vidéosurveillance, des caméras embarquées, par des téléphones et par des drones qui avaient survolé la zone.

Alors que les équipes s’efforçaient d’extraire des renseignements pertinents, notamment dans l’espoir de retrouver les centaines de personnes portées disparues ou enlevées, les services de sécurité israéliens s’étaient retrouvés face à un véritable labyrinthe : Il y avait presque certainement des réponses – à condition de pouvoir les trouver.
Submergés par les images, les responsables avaient fait appel à des start-ups locales du secteur privé développant des systèmes d’intelligence artificielle (IA) pour les aider à analyser et à extraire rapidement les informations pertinentes de toutes les données.
L’une de ces start-ups s’appelait Airis Labs, une firme spécialisée dans l’analyse visuelle des menaces grâce à l’IA.
« Dans la soirée du 7-Octobre, plusieurs organisations nous avaient contactés pour nous demander de l’aide afin d’analyser des vidéos provenant d’un large éventail de capteurs visuels à Gaza », a indiqué Noam Friedman, co-fondateur d’Airis Labs, au Times of Israel.
« Nous venions tout juste de créer la start-up début 2023 en nous appuyant sur les enseignements tirés de la guerre en Ukraine – une guerre qui avait révélé que le monde du renseignement passait rapidement du texte à la vidéo, alors que les plateformes de renseignement existantes ne suivaient pas le rythme. »

« Nous avons vu des analystes submergés par les données, cherchant une aiguille dans une botte de foin, tandis que des signaux et des renseignements cruciaux passaient inaperçus », a déclaré Friedman.
Depuis avril 2023, les fondateurs d’Airis Labs – Noam Friedman, Rotem Abeles, ancien stratège chez Palantir Technologies, et Amos Lahav – ont travaillé dans l’ombre pour transformer une idée en une plateforme d’IA conçue pour relier et analyser de grands volumes de données visuelles brutes provenant de multiples sources et de différents formats, avec pour objectif de les transformer en renseignements exploitables pour les agences de sécurité nationale et pour les forces de l’ordre.
« Nous nous concentrons sur la transformation de vidéos provenant de différentes sources en renseignements qui permettent d’obtenir des informations opérationnelles sur lesquelles les analystes de la sécurité nationale peuvent agir à la vitesse nécessaire pour prévenir une potentielle future attaque terroriste catastrophique », a expliqué Friedman.
« Nous ne pouvions pas nous payer le luxe de pouvoir passer des années en laboratoire à développer cette technologie. »

« Nous avons développé cette plateforme d’intelligence artificielle dans un environnement opérationnel en temps réel, en pleine guerre, sous la pression, avec l’urgence réelles induite par une zone de combat, et non à partir de données synthétiques ou de modèles génériques – contrairement à nos concurrents », a-t-il poursuivi.
Friedman a expliqué que la plateforme pouvait filtrer et extraire des informations pertinentes à l’aide de modèles d’IA en quelques minutes, au lieu de plusieurs jours, voire de plusieurs mois.
Contacté par le Times of Israel, le ministère israélien de la Défense a refusé de commenter le déploiement de la plateforme d’intelligence artificielle de la start-up.
Selon ses dires, Airis Labs aurait déjà été déployée par plusieurs organismes gouvernementaux à travers le monde.
Friedman a noté qu’Airis Labs avait participé l’an dernier à un programme d’accélération de l’armée américaine conçu pour intégrer de nouvelles technologies, tout en collaborant avec les forces de l’ordre et les organes de sécurité nationale et de renseignement.
Mercredi, Airis Labs est sortie de l’ombre en annonçant avoir levé à ce jour un total de 60 millions de dollars auprès d’investisseurs, dont PSQ Equity, TLV Partners, Stepstone Group et Redseed Ventures.
Parmi ses investisseurs providentiels figurent Eyal Waldman, fondateur de Mellanox Technologies, dont la fille avait été assassinée par des terroristes du Hamas lors du Festival Nova, organisé à proximité de la frontière avec Gaza, le 7-Octobre, ainsi que Jeff Horing, co-fondateur de la société de capital-risque new-yorkaise Insight Partners.
Airis Labs a déclaré que ces fonds serviront à embaucher du personnel supplémentaire et à développer ses activités aux États-Unis. La start-up, qui emploie 50 personnes, principalement dans son centre de R&D à Tel Aviv, dispose également d’un bureau à Washington.

« Airis Labs est l’une des rares entreprises à être née d’une compréhension approfondie du problème », a déclaré Waldman.
« Les fondateurs comprennent la mission parce qu’ils l’ont vécue. Ce n’est pas quelque chose que l’on peut imiter. »
T.O.I

