Selon l’Institut Aaron pour la politique économique, la forte hausse des prix des aliments et du logement ces vingt dernières années explique en grande partie l’augmentation constante du coût de la vie en Israël
L’envolée des coûts du logement et la flambée des prix des denrées alimentaires ont été les principaux facteurs à l’origine du coût élevé de la vie en Israël, lequel a même dépassé celui de certains des pays les plus riches d’Europe, ainsi que l’a révélé une étude réalisée par l’Institut Aaron pour la politique économique de l’Université Reichman.

« Le coût de la vie en Israël est extrêmement élevé. Si, à cela, on ajoute la situation sécuritaire et près de trois ans de guerre, il n’est pas surprenant que le pays commence à voir apparaître des signes d’émigration de son capital humain de qualité, ce qui signifie que le nombre d’Israéliens qui quittent le pays est supérieur au nombre d’individus qui y reviennent », a expliqué au Times of Israel la Dr Sarit Menahem-Carmi, chercheuse senior à l’Institut Aaron pour la politique économique de l’université Reichman. « Si rien n’est fait et si le pouvoir d’achat continue de se dégrader, cela favorisera l’émigration. »
D’après cette étude menée par Menahem-Carmi, le coût de la vie en Israël a bondi ces vingt dernières années, dépassant même celui de plusieurs pays parmi les plus riches d’Europe, comme l’Autriche, la Finlande, le Danemark, les Pays-Bas et la Suède, où le PIB par habitant est plus élevé.

Cette étude a montré que le panier de consommation moyen des ménages (qui comprend l’alimentation, le logement, l’électricité, la santé et l’éducation) en Israël est supérieur de 21 % à celui des pays les plus riches d’Europe. Comparé à des États dont le PIB par habitant est inférieur, comme la Grèce, Chypre, l’Italie et l’Espagne, le coût de la vie en Israël, tel que mesuré sur la base du panier de consommation moyen, s’avère être 68 % plus élevé.Supernova : « We will dance again » – pas seulement un sloganKeep
L’étude s’appuie sur des données du Bureau central des statistiques (CBS) israélien et de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
Le classement de l’OCDE comparant le coût de la vie dans les pays développés place Israël au quatrième rang des pays les plus chers. L’augmentation du coût de la vie est depuis longtemps un sujet explosif, qui avait atteint son paroxysme en 2011 avec des manifestations massives au cours desquelles des centaines de milliers de personnes s’étaient installées dans les rues des villes de tout le pays, exigeant que le gouvernement prenne des mesures pour alléger les dépenses des ménages, notamment en matière d’alimentation et de logement.
« La question de la lutte contre la hausse du coût de la vie est sur la table des décideurs depuis plus d’une décennie. Or, non seulement aucune amélioration n’a été observée, mais Israël devient de plus en plus cher, faute de suppression des barrières structurelles à l’importation et d’autres obstacles réglementaires, dans un contexte de croissance démographique continue », a déclaré Menahem-Carmi. « S’attaquer efficacement à la question du coût de la vie est une tâche complexe, qui exige de la détermination et de la persévérance de la part des décideurs politiques. Mais le gouvernement a été très peu efficace dans ce domaine. »

Une analyse du panier de consommation des ménages israéliens moyens a montré que la hausse constante des prix du logement et des denrées alimentaires a été le principal facteur à l’origine du coût élevé de la vie dans le pays, a précisé Menahem-Carmi.
Mais cela n’a pas toujours été le cas. En 2005, les prix de l’immobilier en Israël étaient inférieurs de 31 % à ceux des pays riches inclus dans l’étude ; aujourd’hui, ils les dépassent de 26 %. Par ailleurs, les prix de l’immobilier en Israël sont 85 % plus élevés que dans des pays où le PIB par habitant est inférieur, notamment la Grèce, Chypre et l’Espagne.
Les gouvernements israéliens successifs promettent depuis des années de faire reculer les prix de l’immobilier, qui ne cessent de progresser dans tout le pays. Leur niveau exorbitant a rendu l’accès à la propriété impossible pour de nombreux Israéliens.
Pour ce qui est des prix des denrées alimentaires, les coûts en Israël en 2005 étaient 26 % inférieurs à ceux du groupe de pays riches inclus dans l’étude, alors qu’aujourd’hui ils sont 27 % plus élevés.
L’étude a également constaté qu’au cours des vingt dernières années, le coût des fruits et légumes a augmenté de 86 % et celui du lait et des produits laitiers, fromage compris, de 47 %.

« La principale raison de cette hausse des prix des produits agricoles en Israël tient à la nature du soutien apporté aux agriculteurs », a indiqué Menahem-Carmi. « Contrairement à la grande majorité des pays développés qui aident la production agricole au moyen de subventions directes, le soutien en Israël est fourni indirectement via un mécanisme de régulation des prix, par le biais de restrictions sur les importations de produits frais et de l’imposition de droits de douane. Ces mesures limitent la concurrence et entraînent une hausse des tarifs. »
Dans le secteur laitier, la concurrence est restreinte, car le marché est soumis à une planification centralisée et à un système de quotas approuvé par l’État. C’est le gouvernement qui contrôle le volume et qui fixe le prix du lait cru que les agriculteurs vendent aux producteurs. Un projet controversé de réforme du secteur laitier porté par le ministre des Finances Bezalel Smotrich, qui visait à supprimer les droits de douane et à inonder le marché israélien de produits laitiers importés, a été retiré le mois dernier face à la pression politique et à la vive opposition des agriculteurs.

« Les restrictions à l’importation et la réglementation stricte coïncident avec une demande en forte hausse, stimulée par la rapide croissance démographique d’Israël et l’amélioration du niveau de vie », a déclaré Menahem-Carmi.
Entre 2000 et 2024, la production locale de fruits et légumes n’a progressé que de 10 %, dans un contexte de croissance démographique de 52 % en Israël.
Pour lutter contre le coût élevé de la vie en Israël, l’Institut Aaron a recommandé aux décideurs politiques de supprimer les obstacles structurels de manière à accroître la concurrence, en abolissant le système des quotas laitiers, en allégeant les restrictions à l’importation, en réduisant progressivement les droits de douane et en simplifiant la réglementation et la bureaucratie excessives.
« En Israël, les procédures réglementaires d’importation sont strictes, longues et coûteuses, tout particulièrement pour les produits alimentaires et les articles de toilette. Un processus qui exclut les petits acteurs, et qui renforce encore la position des grands », a fait remarquer Menahem-Carmi.
Sur le marché du logement, l’étude a préconisé la mise en place par le gouvernement de mesures incitatives visant à encourager les autorités locales à approuver les permis de construire résidentiels. Par ailleurs, la construction résidentielle doit être planifiée en fonction des transports publics.
« Des solutions existent et peuvent être mises en œuvre, pour autant que le gouvernement s’engage à adopter une approche coordonnée mobilisant tous les ministères concernés », a affirmé Menahem-Carmi. « La lutte contre la hausse du coût de la vie ne nécessite pas de budgets faramineux, mais elle peut considérablement améliorer le niveau de vie en Israël. »
T.O.I

