Cessez-le-feu au Liban : Israël et le Hezbollah restent sur le pied de guerre

Rédaction Alleluia Event
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Le cessez-le-feu de dix jours au Liban imposé par Donald Trump, entré en vigueur jeudi soir entre Israël et le Hezbollah libanais, tient tant bien que mal pour le moment.

Aussi bien Tsahal que le Hezbollah ont respecté, dans un premier temps, les nouvelles règles du jeu fixées par Donald Trump. Le cessez-le-feu de dix jours annoncé unilatéralement par le président américain a été respecté vendredi matin après plus de quarante jours d’affrontements, de raids aériens, d’opérations de commandos israéliens et de centaines de roquettes tirées par le Hezbollah.

Mais, comme l’a répété Benyamin Netanyahou, le Premier ministre israélien, il n’est pas question que Tsahal se retire de la « zone de sécurité de 10 km de large » qu’elle occupe dans le Liban du Sud. Ce déploiement de forces comprend une vingtaine d’avant-postes situés sur des hauteurs afin d’empêcher que le Hezbollah utilise ces secteurs pour lancer des roquettes vers le nord d’Israël.

Le département d’Etat américain a explicitement limité la marge de manoeuvre de Tsahal. Dans un document en dix points, il est stipulé que l’armée israélienne n’est autorisée à user de la force que pour faire échec « à des attaques planifiées, imminentes ou en cours » de la part du Hezbollah. En revanche, l’Etat hébreu se voit interdit d’engager des opérations « offensives contre des cibles civiles, militaires ou autres ». Autrement dit : il n’est plus question de lancer des attaques aériennes à Beyrouth notamment.

« Attaques planifiées »

Ces dispositions sont toutefois sujettes à interprétation, notamment en ce qui concerne le terme assez flou « d’attaques planifiées », qui peut laisser place à de nombreuses interprétations. Par ailleurs, le retour dans leur foyer de plus d’un million de Libanais, contraints de fuir les combats dans le sud de leur pays pour se réfugier plus au nord, n’est pas encore d’actualité.

L’armée israélienne, qui souhaitait faire au maximum le vide dans cette région pour tenter de réduire à zéro les capacités militaires du Hezbollah, a appelé la population civile à ne pas « se déplacer vers le sud de la rivière Litani, jusqu’à nouvel ordre, afin d’assurer la sécurité de vos familles ».

Bref, chacun reste sur ses positions. Reste à savoir si la nouvelle situation dans le sud du Liban va s’apparenter à celle en vigueur dans la bande de Gaza, où un cessez-le-feu est également censé être appliqué. L’armée israélienne, qui occupe 53 % de cette enclave, lance régulièrement des opérations contre des groupes d’islamistes palestiniens du Hamas s’approchant de trop près des positions israéliennes.

De même, durant le cessez-le-feu décrété en novembre 2024 au Liban pendant seize mois, la trêve n’a pas empêché les militaires israéliens d’éliminer quelque 400 combattants du Hezbollah au Liban du Sud, mais aussi dans la banlieue chiite de Beyrouth, bastion de cette milice armée par l’Iran.

« Trahison »

Sur le front intérieur israélien, Benyamin Netanyahou sort affaibli de l’aventure libanaise. L’immense majorité des habitants du nord d’Israël, ainsi que leurs représentants municipaux, ont violemment dénoncé ce cessez-le-feu qualifié de « trahison », dans la mesure où il ne met pas fin à une menace de reprise des combats de la part du Hezbollah.

« Toute cette histoire a été concoctée par des gens en costume cravate à Washington, mais c’est nous qui allons en payer le prix avec notre sang et nos maisons détruites », s’indigne Moshe Davidovich, qui préside une organisation regroupant les élus de 32 localités en Galilée.

Le chef de l’opposition centriste, Yaïr Lapid, a lui aussi dénoncé l’arrêt des combats en affirmant que « toutes les promesses du gouvernement sur le désarmement du Hezbollah se sont effondrées face à la réalité ». Ces critiques tombent d’autant plus mal que la cote de popularité de la majorité de Benyamin Netanyahou ne cesse de reculer à six mois des élections législatives.

Pascal Brunel [Correspondant à Tel-Aviv pour LES ECHOS]

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